mardi 8 mai 2018

Good Behaviour : la sale américaine



Letty, l'héroïne de cette excellente série a vraiment une sale gueule. Une gueule banale d'américaine vindicative, avec un regard de serpent, et parfois, des expressions très cons. Ajoute une voix basse détestable, le contraire de sensuelle, et cet accent déplaisant qu'ont beaucoup d'américaines : elles parlent avec un sac de couchage roulé sous la langue, ou comme un roquet qui gronde. Mais cela ne l'empêche pas d'être jolie - au moins sexy - quand elle est maquillée et parée : impressionnante métamorphose. Letty, c'est un super-personnage.

A côté, on trouve sa mère, qui a carrément une gueule de raie - peau ravagée, voix cassée par le tabac, et une touche que même les américains qualifieront de vulgaire - ils ne sont pourtant pas bégueules. Pour te dire, à côté, la femme de Trump à la classe de la reine d'Angleterre.

Cette mère anime un téléphone sexy pour les sexa. Quand on voit sa maison, on devine qu'elle a plumé ses ex-maris. Elle a le caractère d'un crotale, en moins suave mais en plus avide.

Dans la famille Déglingos, je demande la mère...

Letty est alcoolo, toxico, escroc, klepto… et pas moderato. Manipulatrice amorale, elle n'a manifestement jamais foutu grand-chose de sa vie - il faut dire qu'elle a passé un certain temps au gnouf.

Il y a aussi l'amie d'enfance, prix de beauté de chef-lieu de canton avec le gingin d'une palourde. Et la terrifiante fille du FBI, concentré de sécrétions murales de pénitencier.

Je demande l'amie d'enfance...

Les mâles de l'histoire ne font pas tellement mieux. Un tueur en série, un acteur porno repenti, un ancien prof couillon jeté de l'éducation pour alcoolisme. A la limite, le plus frais, c'est le bon plouc de Caroline du Sud, un état peu renommé pour ses intellos - plutôt pour ses red necks et ses petits blancs. Le bon plouc se contente de vendre des tondeuses, de faire des blagues salaces, d'être con et alcoolique "comme tout le monde". Je passe sur l'avocat - no spoilers - qui n'est pas clair non plus, c'est le moins qu'on puisse dire.

Pour corser le tout, trois graines de dissonance raciale moulues fin (il faut quand même faire attention). Au fait, Letty, qui est blanche comme un bidet, porte un nom généralement porté par des black aux États-Unis - Letty est le diminutif de Leticia. Tout est dans ce genre de petits ratages.

- Ça te donne envie, j'espère ?
- C'est pas un peu trop, quand même…?
- Pas du tout, ça passe comme une lettre à la poste. Le contexte, l'immersion... Je ne suis pas en train de te dire que c'est vraisemblable. Mais c'est acceptable… et pour le moins distrayant et original.

Car pour une fois, les scénaristes ne jouent pas sur le désir de résolution positive du spectateur. La jubilation quand le bon "y arrive". Ni sur l'ambiguïté des méchants qui (au fond) sont bons, ou sympathiques malgré tout, et qui finissent par gagner… ou perdre en beauté. Ni sur les gentils qui font le bien en utilisant des méthodes peu orthodoxes. Pas les ficelles habituelles. Ça marche autrement.

Letty n'en rate pas une pour se mettre dans la m… Elle y réussit très bien. On comprend qu'elle est incapable de résister, c'est une loque, une loque intelligente, mais une loque quand même - et c'est grandiose ! On assiste au spectacle de sa chute et de ses efforts pour se relever, comme un insecte tombé posé à l'envers : ça y est, encore un effort, tu y es presque… Et toc, je te pousse du doigt et tu retombes sur le dos, avec tes petites pattes qui s'agitent ridiculement…

Cette série m'évoque Eastbound and down, l'histoire d'une célébrité du baseball déchue, complètement beauf et has been, mais qui s'y croit encore - série dont j'ai connement négligé de faire la recension car trop vulgaire, je me sentais honteux de l'avoir regardée jusqu'au bout ! La différence entre Eastbound et Good behaviour étant que la première est une série comique (comique assez bas de gamme).

Bref, Good Behaviour, ce sont des acteurs excellents, une bonne musique, du suspens à forte dose - tout simplement parce que tu te demandes comment elle va encore se casser la gueule. J'ai eu la crainte inverse en regardant l'épisode 8 de la première saison. Tout le monde devenait un peu gentil, ça commençait à s'arranger, l'angoisse : on sentait l'approche du grand méchant mou. Et puis c'est reparti à la baisse, Letty a tout fait foirer… ouf !

Bien sûr, tout cela n'aurait aucun intérêt s'il n'y avait pas d'humanité dans ce paquet de merde...

Maintenant, tu as compris comment elle fonctionnait, cette série ?

Blonde et bien radasse : un régal !



samedi 5 mai 2018

Une série de séries : Person of interest, I-zombie, Jessica Jones, Dead Set, The Walking Dead, Z Nation,


Délire devant la téloche

Le cinéma et la vidéo sont des techniques qui me plâtrent le cerveau : je vois, j'entends, les images bougent, ça ressemble à la réalité, et en même temps, les truquages montrent des évènements extraordinaires qui sidèrent mon imagination. Réalité + truquages : ça bousille tous mes anticorps, je ne peux pas me défendre, je reste étendu, hagard sur mon divan dans la lumière bleue...

J'ai déjà raconté ailleurs comment j'en venais à douter de mon jugement parce que je trouvais l'une des comédiennes tellement jolie - je me suis demandé si je ne regardais pas la série pour la voir. Avec des rationalisations d'après-coup extrêmement convaincantes : il n'y a de plus habile trompeur que son propre cerveau.

Autre coup dans le ventre : l'histoire déroule son fil, et je suis entraîné, je ne peux pas m'arrêter ou revenir en arrière - en principe c'est possible, mais qui le fait ? Je reçois un flux continu de sensations et d'impressions. Je n'ai plus de critères objectifs, je perds pied, tout va trop vite. Car à moins de regarder dix fois de suite le même épisode, prendre des notes, s'arrêter, revenir en arrière... l'analyse détaillée d'une série qui dure vingt heures est impossible. Un exemple de notre légèreté : tu pourrais me dire combien de pages font les dialogues d'une série de cinquante minutes en moyenne ? Tu serais surpris.

C'est pour ces raisons qu'autrefois, je m'interdisais tout ce qui était images en mouvement - et cela ne me privait pas. Mais à force de regarder des séries avec mes enfants, je suis devenu fan. Et j'ai compris que les séries étaient un Art Nouveau, avec beaucoup de déchet et quelques perles.

Il y a encore un an, j'avais une politique exhaustive, qui m'imposait de regarder tous les épisodes de toutes les saisons pour me faire une idée globale de "l’œuvre". Politique stupide, parce qu'il n'y a pas forcément de cohérence entre les saisons, ni même entre les épisodes. Techniquement, une série, ce n'est plus une œuvre au sens traditionnel, c'est le résultat du travail d'une kyrielle de directeurs et de scénaristes. Bien sûr, il y a un cahier des charges qu'ils doivent suivre scrupuleusement, mais ce n'est qu'un cadre.

En plus, regarder toutes les saisons, c'est le meilleur moyen de rater des séries intéressantes, parce qu'on ne peut pas tout voir. Et bien souvent, la première saison est la meilleure - objectivement et subjectivement. Elle dévoile un sujet tout neuf, elle part d'un élan de créativité qui sort du vide - alors que les saisons suivantes ont souvent un aspect répétitif, l'idée originelle ne pouvant être indéfiniment exploitée. Et si par bonheur les scénaristes réussissent à innover sur le thème originel, ils ne peuvent rien contre notre usure, nous sommes ainsi fait et nous devenons blasés.

Alors maintenant, je ne regarde qu'une seule saison, sauf lorsque je suis vraiment accro. Le résultat, c'est que je vois plus de séries, et c'est la raison pour laquelle j'ai décidé de créer un blog à part. Pour l'instant un vœu pieu…

Et comme aujourd'hui j'ai une grosse grippe, ce sera une journée séries !


Person of Interest

La première, c'est Person of Interest. En toile de fond, la parano d'être surveillé par l'État à travers les systèmes vidéo de la vie quotidienne, rue, magasins, satellite... Dans la vraie vie, nous avons toutes les raisons d'être parano et de nous sentir surveillés, mais le système que présente la série n'est pas crédible. C'est une machine unique, ultra-connectée, qui analyse absolument toutes les images - on n'en sait pas beaucoup plus sur le principe utilisé (et on n'a pas besoin de le connaître).

Les héros sont un nerd, inventeur de la machine, informaticien ultra doué, et son sbire, le vrai héros, un beau mec un peu genre Cary Grant qui ne séduit pas une seule femme pendant toute la saison - peut-être pour laisser fantasmer les spectatrices ? Le beau mec est un ex-militaire, ancien des services secrets, entraîné aux corps à corps et au maniement des armes lourdes. Comme toujours, les deux personnages ont des passés épouvantables qui les ont amenés à un terrible isolement et une semi déchéance sociale. Bof…

Et puis, comme d'habitude, ils sont en marge des circuits ordinaires de la société, police, justice, comportements "civilisés" comme entrer par une porte qu'on vous ouvre aimablement... Pourtant, leurs actions sont profondément morales - et ça, c'est le top, l'ingrédient qu'il faut absolument introduire dans une série ou un film : faire le bien par des voies illégales. Apparemment, ça fait bicher tout le monde. Probable que ça ouvre les soupapes...

Le nerd et le militaire mènent des enquêtes à New York : ils essayent de prévenir des crimes prévus par la machine sans savoir si elle indique un coupable ou une victime. En revanche, nous savons parfaitement qui sont les bons, qui sont les méchants et nous n'avons pas de doute sur l'issue finale. Le thème principal - la surveillance universelle - ne fait pas de Person of Interest une série de science ou politique-fiction, c'est juste un prétexte. Les animations destinées à donner l'impression d'une surveillance universelle sont médiocres. Et trop de choses péniblement invraisemblable.

Pourtant, la série est loin d'être nulle. Les enquêtes sont bien ficelées. Il y a parfois un vrai suspens. Et une complexité intéressante due à la situation des héros qui ne sont ni en phase avec la police partiellement corrompue, ni avec le FBI et la CIA. Ce qui aboutit à des intrigues de fond sur plusieurs épisodes, donnant de la solidité à la construction. C'est de la série classique, de bonne facture, distrayante, sans prise de tête, sans aucune bizarrerie (et sans humour). Je vais certainement regarder les premiers épisodes de la saison 2…


 I-zombie

La deuxième série, c'est I-zombie. L'histoire d'un jeune médecin femme qui devient zombie. Elle doit se nourrir de cerveaux humains, avec un effet secondaire étonnant : elle incorpore une partie de la mémoire de la personne dont elle a mangé le cerveau (oui, je sais, c'est  contestable sur le plan scientifique…) Comme elle travaille maintenant à la morgue, elle se nourrit de cerveaux de victimes de crimes, ce qui lui permet d'avoir des visions fort utiles pour aider la police.

C'est parfois effrayant - ou dégueu. Les morceaux de cerveau humain passé au Moulinex avec des petits ognons, les plats délicats de cervelle sautée, tout ça me fait bien rigoler - et me donne un léger malaise. Mais j'aime !

Malheureusement, l'ensemble est un peu court : les personnages n'ont pas d'épaisseur, les enquêtes ne sont pas intéressantes puisqu'on sait très vite qui est le coupable en partageant les visions de la zombie, le maquillage plâtreux-livide de l'héroïne craint. Enfin la dimension personnelle - interactions avec la famille, les amis, tout ce qui se passe en arrière plan de l'enquête - est plon-plon, limite nul. Probable, je n'irai pas au-delà de l'épisode 4 de la première saison.



 Jessica Jones

La troisième série était plus prometteuse. Jessica Jones est un personnage de fiction Marvel créé en 2001. La fille qui joue le rôle est l'inoubliable petite amie de Jesse Pinkman, dans Breaking Bad : tu te rappelles cette fille à l'air vaguement gothique, mince comme une liane, avec une curieuse personnalité ? Là, elle a le premier rôle. Comme bien d'autres héros de séries, elle a un passé terrible qui l'a marginalisée. Elle est maintenant private investigator et traîne une vague misère. On est dans du roman noir, avec la promiscuité, les voisins drogués, la bouteille de whisky pas cher qu'on boit à même la bouteille. On respire un bon vingt et unième siècle, avec des lesbiennes, des coïts cross-coloured - finalement une certaine bien-pensance contemporaine et quelques indignations vertueuses.

Pourquoi pas. J'ai même supporté l'accent nasillard de l'héroïne - tu sais certainement de quoi je parle, cette tonalité agressive et déplaisante que peut prendre l'anglais dans la bouche de certaines américaines. Mais là où j'ai décroché, c'est quand sont arrivés les super-pouvoirs. Toujours un peu trop facile - sauter à trois mètres de haut pour accrocher une échelle d'incendie, ou donner un coup de poing qui envoie valdinguer l'agresseur à l'autre bout de la pièce. Chacun son truc, mais j'accroche plus au réalisme - ou mieux, quand le réel et l'irréel s'interpénètrent délicieusement, sans transition, comme dans un roman de Marcel Aymé.

Dommage, j'aimais bien la qualité de la réalisation, New York façon Villette, pluie sur asphalte mouillée et lumières douces de Brooklyn. Et la construction de la série - où la limite entre les épisodes est complètement gommée. Ainsi que les comédiens, Jessica et ses jeans cigarette, sans oublier le méchant, qui fut un excellent Dr. Who.

Mais non. Les super-pouvoirs, c'est une trop grosse ficelle. Aucune identification possible. Alors poubelle, Jessica Jones.



Dead Set

La quatrième, Dead Set, est encore une histoire de zombies. Série anglaise en 5 épisodes. Ce type de production a l'avantage d'avoir un projet unique qui la soutient du début à la fin, donc une parfaite cohérence.

Les anglais sont assez bons dans le gore. Quand j'étais gamin, j'étais quand même surpris de voir des petites guillotines avec tout ce qu'il faut pour faire réaliste en vente dans les magasins de jouets de Cambridge - je n'invente rien. Et puis ils ont une touche inimitable, avec des acteurs d'une banale laideur - ça fait bien plus vrai que les séries américaines aux acteurs cosmétiqués. Au fait, tu sais qu'il existe un site web des "belles personnes", on envoie sa photo et si on est assez beau, on est inscrit. Les anglais sont furieux parce qu'ils ont les pires statistiques du monde, quatre cinquièmes de rejet.

Bref. La série raconte l'histoire des personnes enfermées dans un appartement pour les besoins d'une émission de téléréalité alors que tout autour, le monde est totalement zombifié. Parfois, les scènes sont filmées à l'aide d'un smartphone (ou l'équivalent), avec le focus qui se ballade dans tous les sens, pour donner encore plus de réalisme : très réussi !

La rencontre entre cette histoire atroce et la superficialité des participants, leur bêtise et leur vulgarité fait tout l'intérêt de cette excellente production... où l'humour anglais, glacial et sophistiqué est bien présent. Il en faut, car c'est vraiment très gore. Mais c'est surtout très bon !



Un monstre des Walking Dead, croisement entre maladie et imagination délirante. Problème : comment lui faire la bise ?

The Walking Dead

The Walking Dead est une série américaine qui raconte la survie d'un petit groupe de "gens ordinaires" qui trouvent dans l'adversité la force de survivre et de se reconstruire une nouvelle morale. Après une apocalypse sanitaire, des survivants menés par un ancien flic circule dans une Amérique dévastée et hantée par les zombies. En effet, le monde a été touché par un virus qui transforme les humains en morts-vivants, et ces dégénérés neurologiques sont agressifs et anthropophages.

La précarité des ressources, la prééminence de la force et de la violence, la disparition des cadres officiels a abouti à une anarchie dangereuse. A l'origine, c'est une road série, avant que les survivants ne se regroupent en communautés fixes, hostiles les unes aux autres.

Les saisons se sont succédé, on en est à la 8. Comme souvent, les premières étaient excellentes, j'irais même jusqu'à : magistrales. Et les suivantes, inégales. De plus en plus de morale et de discours. Le pire est sans doute que les personnages n'ont plus d'ambiguïté, ils sont devenus des héros, faits d'un métal unique. Disparus, les gens ordinaires de la vie civile qui doutaient pendant les premières saisons. Progressivement, la série perd son intérêt malgré les décors post-apocalyptiques d'une Amérique rurale dont je ne me suis jamais lassé, des inventions surprenantes, et une belle manière de filmer.

Autre problème, le spectateur moyen ne réagit plus aux grognements immondes des zombies et aux bruitages de leur seconde mort quand on leur éclate le crâne (florch…) ou qu'on leur transperce les orbites (chluirp…) Il a donc fallu trouver autre chose (saison 7 et 8). Ce qui faisait le principe de la série, zombies, précarité, est passé au second plan. C'est maintenant la guerre de deux camps opposés - avec les bons et les mauvais. Grâce à cette reconversion, la série à repris un brin de vigueur. Quand même, beaucoup moins qu'au début, quand on découvrait l'horreur dans la vie quotidienne.

Des histoires de factions qu'on règle à coup d'explosifs et des mitraillettes, c'est d'un intérêt limité. II est temps que ça se termine. Je suis tombé des nues en apprenant qu'il y aurait une saison 9. Je ne la regarderai pas, sauf rebondissement extraordinaire.

Mon conseil : saisons 1 à 4, 5 éventuellement ?

(par parenthèse, tu penses peut-être que je fais une faute d'accord : The Walking Dead, sans "s", et pourtant j'en parle comme d'une horde. C'est que dead est un participe passé substantivé - c'est-à-dire utilisé comme nom, et qu'un participe ou un adjectif substantivé ne prend jamais le pluriel en anglais. Alors qu'en français, si : mourir, participe passé : mort, les mortS !)



Délirante schtroumpfette de Z.Nation. A durée limitée...

 Z.Nation

Z.Nation est encore une histoire de zombies. Au départ, elle reprend très fidèlement la génèse (pandémie virale) des Walking Dead et son réalisme : les zombies ont les mêmes têtes, presque la même démarche (mais attention, ils courent plus vite !) ils se comportent de la même manière. Il y a d'étranges homologies entre les survivants de l'épidémie. On pourrait même croire qu'il s'agit de deux pans de la même histoire.

Malgré l'habitude que j'ai des cranes écrabouillés et de la cervelle qui gicle, je ne suis pas blasé et je me demande d'ailleurs si ce n'est pas un peu morbide… Il faut dire qu'ils en font un maximum - on y voit même des anthropophages. Un plus : il y a une touche d'humour qui n'existe pas dans les Walking Dead.

La saison 1 était excellente, dans un style road movie, poussant plus loin l'horreur. Elle apportait plusieurs éléments nouveaux par rapport aux Walking Dead : une station d'espionnage (NSA pour ceux qui savent) encore active au pôle nord, un patient qui avait bénéficié d'un traitement immunitaire susceptible d'être transformé en vaccin... avec la perspective de sauver le monde... ou seulement les riches ! Et d'autres petites choses intéressantes. Le tout servi dans des décors très soignés.

La saison 2 a changé le cap. Le scénariste décrit une Amérique profonde fascisante, des personnages du folklore traditionnel (le dentiste ambulant par exemple), des UFO - enfin tout et n'importe quoi. Mais le burlesque, pourquoi pas. Et un affichage politique marqué à gauche - ça change de l'image traditionnelle de l'Amérique.

Le côté fantaisiste et délirant s'accentue à la saison 3, et les auteurs ne font absolument plus aucun effort de vraisemblance. Le problème, c'est que les personnages s'effilochent, se rigidifient, perdent tout intérêt. Jusqu'à l'héroïne qui passe désormais son temps à montrer un rack vertigineux.

Cette série en est à la saison 4 - et pour moi, ce sera fin de parcours. Plus de cohérence. Personnages figés dans leur rôle. Il est temps que ça se termine. Mon conseil : saison 1 et éventuellement 2.

That's all for today, folks !


mardi 1 mai 2018

The Good Doctor (critique séries)


Rien qu'à voir l'affiche, tu comprends tout de suite que c'est pour bonniches

Là, je suis catégorique : ce n'est pas bon. L'histoire d'un Asperger qui a terminé sa médecine et fait son internat de chir dans un hôpital privé américain de bon niveau. Et qui se trouve confronté à des difficultés d'intégration.

Après les forces extra-terrestres que donne la kryptonite, on a droit aux pouvoirs quasi mentalistes qui accompagneraient certains états psychiques. Marre de cette nième histoire d'Asperger - c'est vraiment la mode en ce moment. Marre de ces nouveaux super héros - est-ce que c'est pas un peu sordide d'exploiter une "condition" pour vendre de la vidéo ?

Tu noteras que j'ai dit "condition", je n'ai pas dit qu'ils étaient malades : trop peur de me faire engueuler. Même si ces personnes sont en souffrance, on ne doit pas prononcer le mot ! Alors que dans la définition princeps du tableau, on décrit un déficit notable de la reconnaissance des signaux relationnels émis par autrui, et dans la moitié des cas, un déficit de l'attention. Plus d'autres troubles. Un mec qui a un déficit en amylo-1:4,1:6-transglucosidase, il a la maladie d'Andersen, mais un mec qui a un déficit de la reconnaissance des signaux et un déficit de l'attention, il n'est pas malade. Va comprendre. Il y en a qui ont un déficit de bon sens...

Pour moi, la définition d'un malade, c'est un gus qui pousse la porte de mon cabinet. C'est d'ailleurs la même que celle de la Classification Internationale des Maladies (CIM) donnée implicitement par l'OMS. Pourquoi y aurait-il quelque chose de dégradant et d'ignominieux à être malade, je le suis plusieurs semaines par an sans honte. Par parenthèse, merci pour les schizophrènes dont certains sont parfaitement stabilisés et mènent des vies quasi-normales... mais qu'on ne doit surtout pas confondre avec les autistes et encore moins les Asperger - car les schizos, eux, font partie de ces salauds de malades ! Surtout ne pas mélanger les torchons et les serviettes !

- Oui, mais l'idée de la série, c'est qu'ils ont beau être différents, ils ont aussi leur place dans la société.

- Nobles sentiments... Mais alors que les "dons" des Asperger constituent l'exception, le public va attendre de tous les Asperger qu'ils soient des supercalculateurs, qu'ils aient une mémoire eidétique, etc. Et s'ils n'ont rien de tout ça, on va les regarder avec consternation, ce qui va certainement les aider... Contrairement à une idée reçue, l'Asperger s'oppose à l'autisme de Kanner par l'absence de déficit intellectuel, certainement pas par des capacités intellectuelles supérieures, même si elles existent parfois.

Évidemment, le Good Doctor Asperger est gentil, mignon, d'ailleurs pas trop mal joué, super intelligent et exceptionnellement doué dans son métier. Il est "gênant" en compagnie, mais il n'est pas pénible avec un contact froid et désagréable, comme on décrit classiquement les Asperger.



Comprends-moi. Je ne nie pas que la société doive faire un grand pas en avant pour mieux intégrer ce type de personnes dont une partie des troubles est clairement réactionnelle au rejet dont elles font l'objet. Il faut aussi chasser la psychanalyse de l'hôpital sinon de tout cursus universitaire, au même titre que la sophrologie ou le créationnisme - elle a fait tant de ravages en pédopsychiatrie et se plante une fois de plus sur ce problème. Mais on est maintenant dans un excès inverse, et je m'inquiète d'une présentation trop irréaliste des particularités des "aspies".

La série est créée par David Shore, l'auteur de Dr. House. On retrouve le cadre hospitalier américain - ça me rappelle des bons souvenirs. On a aussi droit à toutes les manipulations et histoires plus ou moins bidon auxquelles Shore nous a habitués - même si je considère House comme une bonne série. Les cas compliqués qu'on arrache miraculeusement à une mort certaine. Les problèmes de conscience du genre sauver la mère et l'enfant en prenant des risques, ou sauver la mère avec certitude en sacrifiant l'enfant. Et les insomnies du médecin pour la juste cause... ou d'autres ! On exploite la fascination pour les docteurs "qui sauvent des vies"… unique raison pour laquelle j'ai fait médecine, avec l'espoir de tomber un maximum de filles… Ne me demande pas si ça a marché : oui, mais pas autant que je l'espérais, car justement, il paraît que je suis aspie.

Beaucoup trop de bons sentiments dans The Good Doctor. Le scénariste appuie sur les boutons habituels, et ça marche. Le coup du mec que personne ne croit, qui persiste et qui au final a raison. Celui du mec dont on pique les idées et qui n'en reçoit aucune reconnaissance. Celui du mec qui dit la vérité en face. Etc. La psychologie rase le sol (et pèse trois tonnes) : des flash back réguliers sur l'enfance de l'Asperger expliquent ses émotions actuelles. Dans The Big Bang Theory, le personnage de Sheldon Cooper, lui aussi Asperger, est plus léger et plus convainquant, alors que cette sitcom n'a aucune ambition militante.

Bref, les obsédés de la médecine de luxe, de la salle d'op et du champ opératoire seront satisfaits. A condition de n'y pas regarder de près. En effet, les viscères sont très mal joués : certainement pas assez visqueux.


Le coup du bon docteur avec sa vision anatomique du patient - et même des pointillés : merci, on a déjà donné.

The end of the fucking world : surtout pas un road movie, surtout pas un Bonnie and Clyde, surtout pas un film psychologique et encore moins une critique sociale




J'ai failli arrêter à la fin du deuxième. Zut. Encore une série qui montre des ados qui sont tellement déjantés, serial killers en puissance, tellement bizarres, tellement différents. Une fille qui jette par terre son téléphone portable et le piétine, tu as déjà vu ça dans la vraie vie ? Moi non. Même à l'asile, chez les furieux, ça se fait pas.

Quand même, j'ai continué. Il y a seulement huit épisodes - et chacun de vingt minutes. Pas un gros investissement... J'ai bien fait : tous les aspects artificiels du début ont disparu. Reste une réalité terne et minable. Des gens fragiles, ou cassés. Des gens pas très jolis qui ressemblent aux vrais gens.

L'Angleterre ordinaire. Rien de trop, rien de désagréablement exagéré ou artificiel - les anglais sont très fort dans ce style, je pense à un film qui m'avait beaucoup marqué, Deep End (1970) : l'histoire d'un tout jeune garçon de bain dans la piscine minable d'un quartier pauvre à Londres.

Mais dans The end of the fucking world, on n'est pas dans une piscine, on est juste dans la merde jusqu'au cou. En fuite dans une voiture volée. Ils sont cons, ceux qui disent : "oh, un road movie !" dès qu'ils voient que des gens voyagent en voiture. Sans doute parce que ça fait américain, grands espaces, vie semi-clochardisée. Car non, ce n'est évidemment pas un road movie.

L'absence totale de bons et de méchants. Mais parfois, des très méchants. L'originalité tient à ce que les gentils aussi s'en prennent plein la gueule. Comme si rien ne servait à rien.

La musique est cool, d'autant plus qu'elle est totalement décalée : des vieux tubes des années soixante.

La fuite haletante, l'incertitude totale jusqu'à la fin. Et d'une certaine manière, une belle histoire.

Racinien. Émouvant. Fort.

mercredi 25 avril 2018

La fille d'à côté


- Cette semaine, faut absolument que je trouve le temps de m'épiler les jambes !

Autrefois, je n'étais pas à l'aise avec les araignées. Avec le temps, et grâce à des lectures qui m'ont montré combien ces êtres étaient amusants, ingénieux et courageux, j'ai appris à les aimer.

Bien sûr, je ne fais pas comme mon copain d'enfance qui prenait les grosses velues dans sa main - et à ma grande surprise, ne se faisait jamais pincer. Oui, "pincer", et non pas mordre, car l'araignée n'a pas de dents, et elle ne pique pas car elle n'a pas de dard. Ce qui ne l'empêche pas d'avoir parfois un peu de poison au bout des chélicères !

Un couple - qui à mon avis ne tiendra pas très longtemps, tu verras pourquoi - habite tout près de mon bureau. Elles sont du genre saltiques - des sauteuses - et n'ont pas de toile. Elles attrapent leurs proies au vol et c'est parfois spectaculaire.

Madame est en pleine santé, vive, active - et d'un tempérament aussi fougueux (et velu) que celui d'une espagnole.

Et voici monsieur. Il est plus chétif, et souffre d'un handicap important. Comme tu peux voir, il lui manque trois pattes à gauche (heureusement, il est droitier). Pas facile, pour avancer, surtout sur un plan vertical comme une vitre. Il est obligé de tourner, puis lance la patte restante, rectifie la trajectoire… Je ne pense pas que ça l'empêche de sauter, mais tu imagines comme il doit être déséquilibré !

Je sais faire la roue - sans les mains (et après, sans les dents) !

Je sais ce qui l'a mené à cette triste situation. Le sexe, bien sûr, qui nous a tous fait faire des folies ! Et puis madame Araignée est si séduisante... Elle s'est laissée grimper par monsieur - grimper, étant donné la différence de taille, est particulièrement approprié. Après un coït satisfaisant, madame a ressenti une petite faim. Elle s'est approchée de monsieur, qui redescendait lentement du septième ciel où madame l'avait expédié. Elle l'a immobilisé - sans difficulté vu son poids - et lui a cassé une première patte. Hmm ! Un délice ! Vous en reprendrez bien une autre ? Et crac, madame se ressert. Et relâche un peu son étreinte. Monsieur en profite pour prendre ses jambes à son cou (oui, les araignées font ça !)

Rentré sur ses terres de chasse, monsieur Araignée réfléchit. Il trouve que madame Araignée a l'amour vache (car oui, les araignées aussi peuvent avoir l'amour vache). Et il pense qu'elle a sans doute un homme au plafond. Mais elle est si sexy !

Quelques temps plus tard, madame envoie des messages parfumés pour dire qu'elle s'offrirait bien une partie de jambe en l'air… Monsieur Araignée reconnaît bien là l'humour délicat de madame. Il va la voir, et lui fait la danse des chélicères. Très joli - si tu n'as jamais vu, tu rates le Nijinski des arthropodes. Madame est conquise. Et hop, il lui monte dessus et fait sa petite affaire. Extase...

Remplit les baignoires mais aussi les lavabos : qui suis-je ?

Madame est aussi très contente. Et comme les émotions lui donnent faim, elle attrape monsieur par surprise et lui coupe encore une patte dont elle se régale.

- Ah non, ça ne va pas recommencer ! râle monsieur. Tu me confondrais pas avec mon cousin Millepattes, par hasard !

Et là, d'un effort surhumain (mais oui, les araignées aussi font des efforts surhumains), il se cara…patte ! Pas simple, avec une seule patte, mais madame Araignée ne se donne pas la peine de le poursuivre : "Si je lui bouffe la dernière, il ne pourra plus chasser, il va mourir de faim. Et alors, qui fera avec moi la bête à deux dos ? Or j'ai de gros appétits… et besoin d'un compagnon vigoureux !"

Ce qu'on peut en déduire, c'est que l'intelligence de cette araignée est quand même limitée : elle aurait pu lui casser une patte de l'autre côté. Mais les saltiques, qui ne tissent pas de toiles, ne connaissent rien à la théorie des cordes. Et donc question super-symétrie, ce sont des billes.

L'autre conclusion de cette histoire, c'est que statistiquement, les femelles qui ont mangé le mâle après le coït font des bébés plus gros et plus solides, avec des médianes de survie plus élevées. Tout cela rigoureusement prouvé par des études en double aveugle et triple cul-de-jatte.

Allez, monsieur Araignée, ton sacrifice n'aura pas été vain. Tu es tel le pélican du poème de Victor Hugo (parce que oui, aussi surprenant que cela puisse paraître, les araignées sont parfois comme les pélicans).

- T'as de beaux yeux, tu sais... / - Sur les huit, ça serait quand même dommage qu'il n'y en ait pas un ou deux...





lundi 23 avril 2018

L'habit de lumière



Perros ou La Pérouse ?

Je n'ai jamais su grand-chose du passé de Georges ni de Marguerite. Même longtemps après les avoir rencontrés, un beau jour, sur la mer des Caraïbes. Marguerite était prof d'anglais au lycée de Pointe-à-Pitre. Je ne sais plus trop ce que George faisait - ou avait fait, car il ne semblait pas très occupé. Ils avaient tous les deux dépassé la cinquantaine. George était un grand échalas, sec au moral comme au physique avec des yeux bleus délavés, presque blancs comme ceux d'un aveugle. Un taiseux, genre sarcastique. Marguerite, c'était une petite boulotte rigolote. Elle travaillait dans le même lycée qu'un ami, et comme nous étions tous les quatre des navigateurs enragés, nous nous sommes donné rendez-vous sur l'eau. C'est bien simple,  Georges et Marguerite, je ne les ai jamais rencontrés à terre.

Ils étaient bretons, tout comme mon ami et moi-même. Ils étaient des côtes du nord - et nous du sud, mais ça n'empêche pas l'amitié. Ils avaient au pays une petite ferme que Marguerite remplissait de meubles et d'objets précieux - alors qu'ils vivaient sur des grabats dans leur appartement de fonction, à la cité des profs. Ils avaient même des photos de cette maison de pierre et de ces meubles cirés, qu'ils montraient fièrement :
- A notre retraite… commençait Marguerite d'une voix songeuse.

Mon ami s'étonnait : "Ils habitent ici depuis des années, et Dieu sait quand ils rentreront… s'ils rentrent un jour…" Mais cette maison du côté de Perros aspirait tous leurs rêves, celui d'un retour imaginaire et triomphal, tandis qu'ils vivaient ici comme l'oiseau sur la branche. On dit qu'à Itaque, Ulysse est mort d'ennui...

Georges et Marguerite avaient un vieux Jeanneau de 11 ou 12 mètres de long, avec un gréement divisé qui facilitait la manœuvre. C'était un bateau moche, au plastique mal vieilli comme tous les Jeanneau de cette époque. Il était ventru et sous-toilé : sans doute très confortable. Et d'autant plus lourd qu'il embarquait une grosse quantité de liquide dans les cales…

Car Georges et Marguerite avaient la maladie des coteaux.

Je ne sais plus sur quelle unité je naviguais ce jour-là - avec mon ami comme capitaine. Notre route avait croisé celle du vieux Jeanneau. Comme d'habitude, Georges était à poil. C'était, disait-il, son habit de lumière. Il le revêtait à la moindre occasion, sitôt qu'il s'éloignait du quai. Cela nous faisait bien marrer.

Ce jour-là, nous avions mouillé par vingt mètres dans une passe - ce qui est beaucoup - en attendant le vent et en sifflant comme des furieux. C'était une calmasse épouvantable, une pétole de Pot-au-noir. De guerre lasse, je me suis mis à l'eau avec mon fusil, espérant tirer du poisson migrateur dans le courant à mi hauteur, car la marée était bonne. Alors que je remontais sur le pont avec quelques prises médiocres, j'ai vu mon ami faire de grands signes du bord de Georges et Marguerite. Je me suis remis à l'eau, et je suis allé les rejoindre à la nage - ils n'étaient pas loin, juste de quoi éviter sur l'ancre.

Georges avait quitté son habit de lumière. Marguerite avait sorti le cubi de rosé, perlant de fraîcheur. Nous avons pris l'apéritif sur le coup de onze heures. Parlé de moteurs - sur un bateau à voile, le moteur et son presse-étoupe sont une source d'ennuis infinis et l'objet d'interminables ratiocinations. Au troisième verre, j'étais pompette - c'était pas des dés de tafioles qu'elle nous servait, Marguerite. J'ai décidé de rentrer à la nage pour me rafraîchir, tandis que mon capitaine continuait la conversation. En sautant dans l'eau, j'ai eu une vision : Marguerite enfoncée dans son coussin, avec ses yeux chassieux perdus - et j'ai compris qu'elle avait une bonne avance sur nous. Elle regardait Georges avec une tendresse mouillée - car ils s'aimaient, les deux poivrots.

Georges et Marguerite ont continué leur vie semi-nomade - en mer dès qu'ils avaient un instant de libre. On se donnait parfois rendez-vous dans une île, sur un mouillage forain. On buvait un coup. Ou trois. Ou plus.

Et puis je suis rentré en métropole - bien forcé : j'avais mis une fille sous spi. On a quand même un peu d'honneur, dans la marine, on répare.

J'ai appris l'année suivante que leur Jeanneau avait été coulé par le cyclone. Ils étaient à bord. Jamais ils ne reverraient les meubles cirés de la maison de Perros. J'espère simplement que ce jour-là, Georges avait son habit de lumière.

"Il y a une telle majesté dans la mer qu'elle honore jusqu'à ses plus simples servants" (fronton du temple de Kos).


mercredi 4 avril 2018

Clifford Pickover, The Physics Book : sympathique et facile à lire




Pickover est un auteur américain prolifique, de formation scientifique tout à fait honorable (Yale) - mais il n'est pas physicien. Son livre est un ensemble d'entrées indépendantes les unes des autres sur la physique de l'époque grecque jusqu'à aujourd'hui (ou plutôt hier, car il ne tient pas pour certaine la découverte du boson de Higgs et il espère encore que l'accélérateur du CERN va mettre en évidence la supersymétrie).

Le livre est sympathique, sans erreurs à mon niveau. Je craignais que cet auteur qui s'est beaucoup dispersé nous serve une soupe insipide. Certes, le livre n'est pas génial et on peut lui faire de petits reproches. Par exemple la distinction entre ce qui est de l'ordre de la théorie et ce qui a été démontré n'est à mon sens pas assez claire (outre que les cordes, pure théorie, apparaissent au moins deux fois alors que la gravité quantique à boucle, théorie peut-être plus démontrable, est absente). Et certains chapitres sont ratés. Mais globalement, il tient bien la route.

J'ai bien aimé la personnalisation des découvertes : sortent ainsi de l'ombre ou de l'oubli tous ceux dont on ne parle pas dans Voici (et qui n'ont pas eu l'honneur d'avoir le président de la république à leurs obsèques). On oublie souvent qu'ils ont créé les conditions qui façonnent l'essentiel de notre vie quotidienne. Faut rappeler ce que j'ai dit ailleurs ? En 1920, Paul Valéry publiait le Cimetière Marin et Schrödinger mettait au point son équation d'onde. Lequel des deux a une incidence quotidienne sur notre compréhension du monde ?

Le livre de Pickover est très facile à lire. Il ne faut pas y chercher le pourquoi du comment - le format limité oblige parfois à des sauts logiques qu'on doit admettre. Comme je connaissais déjà le contenu de ce qui y est raconté, je lui ai trouvé une cohérence, mais je suis incapable de dire s'il paraîtra comme une bouillie informe au lecteur néophyte. Ce qui est certain, c'est que Pickover n'a pas l'ambition d'expliquer, ni de faire de l'histoire des idées, ni de donner une vue globalisante de la physique.

En 200 mini-chapitres, il raconte l'aventure de l'Homme qui se réveille dans son coin minuscule (si, si, minuscule !) et se demande quel est cet endroit étrange où il a atterri. Il braque le projecteur sur certaines découvertes, leur contexte, et leurs auteurs. Son livre n'est pas un simple dictionnaire - il pique agréablement la curiosité. Excellent livre pour attendre chez le dentiste. A noter qu'il est écrit en américain - à ma connaissance, il n'y a pas de traduction française.

Je vois que Pickover a aussi publié The Math Book et je pense que je vais l'acheter : signe que le premier ne m'a pas du tout ennuyé (et que j'ai encore d'autres rendez-vous chez le dentiste !)